« Ça finit par nous coûter cher, toutes ces formations. » La phrase revient souvent, généralement au moment de valider le budget annuel. Elle est parfois juste, parfois non — et le seul moyen de le savoir est de poser le calcul complet, celui qui inclut ce qu’on ne facture pas.
Cet article compare les deux modèles sans en défendre un a priori. Nous formons des formateurs internes, mais nous continuons aussi à intervenir en direct chez nos clients : les deux réponses sont légitimes, elles ne s’appliquent simplement pas aux mêmes situations.
Deux modèles, sans caricature
La sous-traitance consiste à faire venir un organisme extérieur qui anime la session, délivre les attestations et repart. L’entreprise achète une prestation clé en main et n’immobilise que le temps des participants.
L’internalisation consiste à former un ou plusieurs salariés au métier de formateur, puis à leur confier l’animation des sessions en interne. L’entreprise investit une fois, puis absorbe le coût marginal de chaque session suivante.
On présente souvent le premier comme souple et le second comme économique. C’est une simplification. Le modèle interne coûte moins cher au-delà d’un certain volume, mais il consomme des ressources que peu d’entreprises comptabilisent correctement.
Ce que coûte réellement la sous-traitance
Le coût facial est simple à obtenir : un prix par session ou par participant. C’est le seul chiffre que la plupart des entreprises comparent, et c’est là que le raisonnement dérape.
À ce montant s’ajoutent des postes qui n’apparaissent sur aucune facture :
- Le temps de coordination : trouver des dates, relancer, constituer les groupes, gérer les absents et reprogrammer. Comptez régulièrement une demi-journée de travail administratif par session.
- Les déplacements et l’immobilisation des salariés lorsque la formation a lieu hors site.
- Les sessions partiellement remplies : un groupe de huit facturé au forfait alors que six personnes seulement étaient disponibles.
- Le décalage entre le besoin et la date disponible, qui laisse parfois un salarié plusieurs semaines sans être habilité.
Aucun de ces postes n’est rédhibitoire. Mais additionnés, ils représentent souvent vingt à trente pour cent du coût réel, invisibles dans le budget formation.
Ce que coûte réellement l’internalisation
Symétriquement, le raisonnement inverse est tout aussi tronqué. « On forme un formateur une fois et après c’est gratuit » est faux.
Le coût visible
La formation de formateur elle-même, à laquelle s’ajoutent le matériel pédagogique, les supports, et selon les thématiques les équipements de mise en situation. C’est le poste le plus facile à chiffrer, et rarement le plus lourd.
Le coût invisible
C’est celui qui décide de la rentabilité réelle, et c’est celui qu’on oublie systématiquement :
- Le temps de préparation. Un formateur expérimenté compte environ une heure de préparation pour une heure d’animation lors des premières sessions. Ce ratio diminue avec l’expérience, sans jamais disparaître.
- Le temps d’animation lui-même, pendant lequel le salarié ne fait pas son métier d’origine.
- Le maintien de compétences du formateur, qui suit sa propre périodicité et représente un coût récurrent.
- La gestion administrative : convocations, feuilles d’émargement, attestations, archivage, traçabilité des habilitations.
- Le risque de dépendance à une seule personne. Un formateur unique qui part, et le dispositif s’arrête.
Le seuil de bascule
Le calcul honnête consiste à comparer, sur trois ans, le coût total sous-traité au coût total internalisé, en valorisant le temps interne à son coût chargé réel.
En pratique, sur les thématiques les plus courantes — gestes et postures, sensibilisation aux risques, accueil sécurité — l’internalisation devient intéressante à partir d’un volume régulier de sessions annuelles, et à condition que ce volume se maintienne dans la durée. En dessous, le formateur interne anime trop peu pour être à l’aise, et son temps de préparation par session reste élevé.
Le second critère est la stabilité du besoin. Une entreprise dont les effectifs tournent beaucoup, ou dont les métiers évoluent, aura un besoin récurrent qui justifie l’investissement. Une entreprise stable qui forme un salarié tous les deux ans n’a aucun intérêt à internaliser.
Le troisième critère, souvent décisif, est la disponibilité réelle du futur formateur. Désigner quelqu’un qui n’aura pas le temps d’animer revient à payer une formation pour rien.
Les cas où il vaut mieux continuer à sous-traiter
Certaines situations tranchent d’elles-mêmes.
Les thématiques encadrées par une habilitation d’organisme, comme le sauvetage secourisme du travail, supposent un agrément que toutes les entreprises ne peuvent pas obtenir. La question de l’internalisation ne se pose alors pas dans les mêmes termes.
Les volumes faibles ou irréguliers ne justifient jamais l’investissement, quelle que soit la thématique.
Enfin, le regard extérieur a une valeur propre. Sur les sujets sensibles — comportements, prise de risque, remontée d’incidents — un intervenant extérieur recueille souvent une parole qu’un collègue n’obtiendrait pas. Ce n’est pas une question de compétence, mais de position.
Le modèle mixte, souvent le plus juste
Dans les faits, la plupart des entreprises qui réussissent leur montée en compétences ne choisissent pas. Elles internalisent les formations à fort volume et à contenu stable, et conservent un prestataire extérieur pour les thématiques réglementées, les sujets sensibles et les pics d’activité.
Ce modèle a un avantage supplémentaire : le formateur interne continue d’échanger avec un professionnel de la formation, ce qui limite la dérive pédagogique et l’isolement — deux causes classiques d’essoufflement des dispositifs internes au bout de deux ou trois ans.
Poser le calcul complet ne prend qu’une heure. C’est généralement une heure mieux investie que la reconduction automatique du budget de l’année précédente.
Vous hésitez entre les deux modèles ? Donnez-nous vos volumes annuels et vos effectifs, nous chiffrons les deux scénarios côte à côte. Sans engagement, et avec une réponse honnête si l’internalisation n’est pas pertinente dans votre cas.
